BULLETIN DE L’HÔPITAL LACOR – HIVER 2018


Chaque année, le mois de décembre commence avec la Journée mondiale du sida. Ce jour-là, des gens s’unissent dans la lutte mondiale contre le VIH/sida, démontrent leur soutien aux personnes vivant avec le VIH et commémorent celles qui ont été emportées par une maladie apparentée au sida. En Ouganda, l’Hôpital Lacor prévient la propagation de la maladie et soigne les personnes qui vivent avec elle. Ce faisant, il suit un exemple venu de haut, vu que c’est cette même maladie qui a pris la vie de la Dre Lucille. En 1982, les victimes d’une mystérieuse maladie « amincissante » ont commencé à se présenter au Lacor. Après avoir soigné l’une d’elles, peut-être dès 1979, lorsqu’elle a pratiqué des interventions chirurgicales sur des blessés de guerre, Lucille s’est coupée avec des fragments tranchants d’os brisés. Elle a été diagnostiquée séropositive en 1985, lorsque les premiers tests sont devenus disponibles en Italie. 

Malgré sa santé défaillante, elle a continué à travailler, en particulier dans les services de consultation externe pour adultes et de lutte contre le sida/tuberculose du Lacor, cédant progressivement les opérations aux médecins ougandais qu’elle a formés. Quelques mois avant sa mort, pesant moins de 40 kg, elle effectuait encore de 4 à 6 heures de consultations externes par jour. Elle était parfois trop faible pour se lever le matin, et son mari le Dr Piero ou d’autres personnes, la réhydrataient par voie intraveineuse. Dès qu’elle se sentait mieux, elle retirerait elle-même l’aiguille et allait travailler. 

Lucille Teasdale est décédée chez elle en Italie le 1er août 1996. 

En sa mémoire, l’Hôpital Lacor poursuit son travail de prévention et de traitement du VIH/sida. Dans ce numéro, nous sommes fiers de vous présenter ce travail et les personnes dont la vie en dépend. 

L’équipe Teasdale-Corti 



En Ouganda, quelque 1 300 000 personnes vivent avec le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) alors qu’au Canada, à la fin de 2014, ce nombre était d’un peu plus de 75 000 personnes. En Ouganda, ce sont surtout des personnes âgées de 35 à 39 ans qui le contractent, et parmi elles les femmes sont les plus vulnérables. 

Alors, que fournit le Lacor? Comment est-ce organisé? Dr Emmanuel Ochola, chef du département de recherche sur le VIH, explique : « Nous avons un programme de soins assorti de traitements et de conseils qui dépassent ceux d’une clinique de lutte contre le sida. Tout l’hôpital y prend part : des diagnostics et du counseling sont fournis dans chaque département ainsi que dans la communauté. » Aujourd’hui, quelque 8 000 patients sous traitement antirétroviral sont suivis à l’Hôpital Lacor : 9 % d’entre eux ont moins de 15 ans et 69 % sont des femmes. 

« Nous avons un programme de sensibilisation visant à effectuer des tests et fournir des traitements dans les zones les plus reculées », poursuit le Dr Ochola. C’est pourquoi l’Hôpital a mis en place un réseau de relations avec des personnes clés dans différentes communautés. « Le but de l’hôpital est de contribuer à la lutte nationale contre la propagation du sida », souligne-t-il. À cet égard, le plus grand défi consiste à accéder au programme de traitement. « Atteindre les zones les plus pauvres et les plus isolées constitue un problème, et atteindre ceux qui craignent de faire un test en est un autre. Le transport reste l’obstacle majeur à l’observance thérapeutique. C’est pourquoi il existe un réseau de personnes faisant partie de la communauté et connectées à l’Hôpital : Elles assurent la liaison avec l’hôpital pour prélever des échantillons de sang pour les tests de contrôle, et distribuer les antirétroviraux ou les médicaments dans les communautés. Si quelqu’un ne se présente pas, il est appelé et rejoint, et il y a aussi des points de distribution communautaires de médications spécifiques où les médicaments sont pris tous les mois, avec suppression virale élevée. 

Le directeur général du Lacor, Dr Cyprian Opira ajoute: « Lorsque tu apprends que tu es séropositif, tu sais que tu ne l’auras pas facile. Tu n’en mourras pas, mais il y aura des répercussions physiques, psychologiques et sociales. Savoir que tu y as des amis et que tu y trouveras du réconfort t’encourage à venir à l’Hôpital et suivre la thérapie. » C’est une façon de voir l’avenir en face, malgré le VIH, et de faire de la prévention pour empêcher sa propagation. 



Aber, femme déterminée, vit avec six enfants à Alero, à environ 26 kilomètres de l’Hôpital Lacor.

« Je fréquente le Lacor non seulement pour des médicaments qui me sauvent la vie, explique-t-elle, mais aussi parce que j’y reçois de bons conseils et que je m’y sens prise en charge et soutenue. Les travailleurs de la santé sont très serviables et donnent du soutien important. Depuis ma première visite au Lacor, j’ai eu cinq enfants et aucun d’entre eux n’a le VIH. »

L’histoire de la maladie d’Aber commence avec son infection en 2004. Elle rappelle que « le traitement antirétroviral n’était pas encore disponible. Je suis venue au Lacor et on a fait une analyse de dépistage du VIH et d’autres infections. La nouvelle a été l’une des pires, mais j’ai dû affronter la réalité. »

En 2007, Aber est revenue au Lacor et a passé le test de nouveau. Les résultats n’étaient pas différents, mais elle a alors accepté d’entreprendre un traitement aux antibiotiques comme le lui suggéraient les médecins. Sa santé s’est améliorée et, en 2008, elle a commencé un traitement antirétroviral.

« Je suis sous traitement depuis dix ans et je n’ai eu aucun problème de santé. Je me sens forte et je travaille fort, confie-t-elle. À tel point que mes voisins, qui n’ont pas le VIH, viennent me demander de l’aide quand leurs récoltes sont mauvaises et qu’ils manquent de nourriture. Grâce à cette terre que je cultive chaque jour, je nourris ma famille et j’envoie mes enfants à l’école. »

Profitant des leçons apprises du personnel du Lacor, Aber a pu empêcher ses enfants de contracter le VIH, poursuivre son traitement et ainsi supprimer la charge virale. Elle a également appris combien il est important de parler du VIH : Ses enfants lui rappellent de prendre ses médicaments au bon moment car elle leur a parlé de sa maladie. 

Elle donne aux femmes un conseil : « Si vous êtes séropositives, suivez votre traitement et vivez positivement pour être utiles à votre famille et à votre communauté. »

Elle poursuit : « Si le Lacor ne m’avait pas aidé de tant de manières, je ne serais probablement pas en vie aujourd’hui pour nourrir mes enfants et les éduquer. »

Aber a également un message pour les donateurs qui font beaucoup pour les femmes comme elle, dit-elle. « Les donateurs ne connaissent ni moi ni personne ici, mais ils se soucient de l’humanité et nous soutiennent, ce qui, dans de nombreux cas, nous redonne vie. »



À l’occasion des Fêtes de fin d’année, il est coutumier de s’échanger toutes sortes de voeux. De bonheur. De prospérité. Longtemps, on se souhaitait « le paradis à la fin de nos jours » et « la paix sur la terre aux gens de bonne volonté ». Les traditions changent, et il est actuellement de plus en plus fréquent de se souhaiter simplement une « bonne santé ». 

Au Canada, nous sommes très chanceux de bénéficier d’une couverture universelle pour les services de soins de santé médicalement nécessaires, qui sont dispensés selon les besoins plutôt que la capacité de payer. En Ouganda, compte tenu de la pauvreté qui frappe le pays, le gouvernement n’a pas les moyens de se payer un service de santé comme celui du Canada, qui est soutenu par un système des taxes payées par la population. 

C’est pourquoi, les patients du Lacor ont besoin de notre soutien, et nous pouvons poser un geste concret en ce sens : participer à la campagne « Faites partie de l’Histoire ». 

Dans le cadre de cette campagne, le chapitre des Soins généraux subventionne les soins des patients, comme Aber, atteint de VIH, mais cette section soutient également des personnes ayant divers problèmes de santé, par exemple le paludisme, la tuberculose, les maladies cardiovasculaires, le diabète et la cirrhose. 

Pour Noël et le jour de l’An, nous aimerions prendre un moment pour souhaiter à tous, Ougandais et Canadiens, une « bonne santé », et à tous ceux qui combattent une maladie, l’équipe Teasdale-Corti envoie une chaleureuse pensée et souhaite un prompt rétablissement en espérant vous revoir sur pied en 2019!