Bulletin de L’Hôpital Lacor – Automne 2016


Chers lecteurs,

Pour la Fondation Teasdale-Corti, travailler avec l’Hôpital Lacor nous apporte non seulement un sentiment de grande fierté devant le travail incroyable qui a été fait et qui continue d’être fait au quotidien, mais aussi la conviction de fournir un apport tangible et réellement important au fonctionnement du Lacor. Toutefois, la Fondation ne pourrait faire ce travail sans le soutien précieux et indispensable de tous nos donateurs. Nous espérons que vous partagez avec nous cette fierté et que vous savez que vos dons font une grande différence dans la vie de milliers de gens.

L’Hôpital Lacor a une mission caritative, celle de soigner les plus démunis, et une vision à long terme de formation de la relève et d’augmentation du personnel soignant compétent dans un pays qui manque désespérément de main-d’œuvre qualifiée dans le domaine de la santé.

Au nom de la Fondation Teasdale-Corti et de l’Hôpital Lacor, nous tenons à remercier du fond du cœur tous ceux et celles qui soutiennent le travail de l’Hôpital Lacor. Dre Lucille Teasdale serait ravie de voir l’importance et l’ampleur du soutien de son pays natal aujourd’hui. Voilà une belle façon de célébrer le 20e anniversaire de décès de Dre Teasdale. Cela fait 20 ans aujourd’hui que cette femme extraordinaire, un modèle pour beaucoup d’entre nous, nous a quittés.

À cette occasion, nous vous invitons à faire partie de l’histoire du Lacor en faisant un don, petit ou grand; chaque dollar compte.

Dans ce bulletin, vous trouverez en page 2 une entrevue avec Dre Christina Zarowsky, professeure et chercheuse de l’Université de Montréal, qui travaille avec l’Hôpital Lacor; à la page 3, nous vous présentons un photographe exceptionnel: Mauro Fermariello et en page 4, nous vous parlons des dernières nouvelles de l’Hôpital Lacor.

En vous souhaitant une bonne lecture,

L’équipe de la Fondation Teasdale-Corti



Dre Zarowsky, après avoir travaillé de nombreuses années en tant que médecin, vous avez décidé de faire un doctorat en anthropologie, qui vous a amenée à travailler en Afrique, et aujourd’hui vous faites partie de l’histoire de l’Hôpital Lacor. Qu’est-ce qui vous a mené ici?

Je voulais faire un travail qui me rapprocherait de la vie quotidienne des gens, mais qui me permettrait également de favoriser le changement des conditions sociétales et politiques qui causent des souffrances. Je voulais aussi favoriser la guérison non seulement des individus, mais aussi de la société. Et je ne voulais pas faire cavalier seul, mais collaborer avec d’autres qui partageraient la même vision et passion, mais qui se soucieraient aussi des preuves et y porteraient une attention particulière. Ainsi, la combinaison de la médecine, de l’anthropologie et de la santé publique, et mon engagement envers la justice sociale, la bonté et la compassion, m’ont amené à ce genre de travail.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet de recherche?

Le projet Mochelass (« Mother-Child Health: Lacor-South Sudan », qui signifie Santé de la mère et de l’enfant : Lacor – Soudan du Sud) est financé par l’initiative canadienne Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique (ISMEA), en partenariat avec le CRDI, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), et Affaires mondiales Canada.

Le projet met l’accent sur l’autonomisation des communautés pour cerner les cas de grossesse à risque élevé et augmenter les références vers l’hôpital dans le nord de l’Ouganda et dans le Soudan du Sud. Il s’agit d’une collaboration entre l’Hôpital Lacor, l’Hôpital Torit et l’Université de Montréal, qui vise à améliorer la santé maternelle et infantile en engageant le leadership des femmes dans la communauté.

Le projet commence par une demande aux communautés, aux travailleurs de la santé, aux gestionnaires et aux décideurs d’indiquer les problèmes et les occasions, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ainsi que la raison de la réussite ou de l’échec, afin d’affiner l’intervention visant à soutenir la mobilisation communautaire et le changement des services de santé. Ensuite, nous allons mettre en œuvre et évaluer cette intervention participative dans les communautés et dans les services de santé pour améliorer l’offre et l’utilisation des soins prénataux et postnataux, ainsi que les accouchements assistés.

Est-ce que ce projet aura un impact non seulement sur l’Hôpital Lacor, mais aussi sur les communautés environnantes?

Oui! Nous nous attendons à des services de prestation de soins de santé accrus et améliorés, tant dans les hôpitaux que les centres de santé, avec un système de références et de supervision amélioré, une meilleure performance, une plus grande motivation des travailleurs de la santé et une réactivité accrue aux besoins et aux exigences des communautés.

Vous avez été à l’Hôpital Lacor deux fois; qu’elle a été votre première impression du Lacor?

Je suis incroyablement émue par le témoignage de nombreuses années d’engagement envers d’excellents soins de santé et, tout aussi important, envers le SOUCI de l’autre, du personnel, et en particulier des communautés et des patients desservis par Lacor. C’est un endroit dynamique (et c’est peu dire!) où les défis sont clairement énormes, mais où l’énergie et la qualité sont palpables.

Nous vous remercions à nouveau, Dre Zarowsky pour votre temps et votre contribution à ce projet!



Il y a près de trente ans, la passion de Mauro pour la photographie l’a amené à quitter son travail et à déménager à Milan pour poursuivre son rêve. Ses photos ont depuis été publiées dans plusieurs revues et journaux en Italie et à l’étranger (New Scientist, The Lancet, Focus, The Sciences, Time, The Guardian, Corriere della Sera, etc.). Il a également travaillé en Bosnie, en Irak, au Cambodge et en Ouganda. Il travaille actuellement à l’agence anglaise Science Photo Library. Il a toutefois décidé de prendre une pause pour retourner au Lacor, presque 10 ans après son dernier voyage, pour prendre une autre série de photos.

Les photos de Mauro sont plus belles et intimes que jamais. Montrant les diverses activités faites au cours de son voyage, son blogue propose des photos accompagnées de courtes descriptions (en italien, avec de nombreuses traductions en anglais). Nous nous sentons privilégiés d’avoir un photographe aussi talentueux pour documenter la vie à l’Hôpital Lacor, et nous sommes ravis de partager avec vous quelques-unes des étonnantes images de Mauro  dans ce bulletin. Pour consulter plus de photos, nous vous invitons à visiter le blogue de Mauro : https://www.truestories.it/

« Durant ces huit années d’absence, Gulu est toujours restée pour moi une toute petite ville dans le nord de l’Ouganda, traversée par une longue route rouge provenant de Kampala, d’une pauvreté extrême, difficile à décrire. Ma première visite remonte en 2007, juste après la guerre civile, où les groupes rebelles avaient infligé à la population toutes sortes d’atrocités. Après avoir été contraints de vivre dans des camps de réfugiés pour échapper à la violence, les gens commençaient lentement à retourner dans leurs maisons pour cultiver les champs et reprendre le commerce. Mais tous, adultes et enfants, étaient encore physiquement et mentalement éprouvés; ils étaient maigres et leurs yeux traduisaient l’incertitude et la peur.

Donc, qu’est-ce qui a changé dans ces années d’absence? Nous arrivons à Gulu en début d’après-midi, et nous traversons la ville pour atteindre l’Hôpital Lacor. Ma première surprise a été de constater la disparition de la longue route rouge. Pour un photographe, c’était une toile de fond fantastique pour les arrangements photographiques, mais pour les infirmières de l’Hôpital Lacor qui devaient laver le sol trois fois par jour pour enlever la terre du plancher de l’hôpital, l’asphalte était une véritable bénédiction.

Et puis, j’ai aperçu les gens : leurs visages étaient plus détendus, ils avaient quelques kilos supplémentaires, et ils portaient des vêtements de tous les jours, parfois même élégants. J’ai même remarqué que presque tout le monde avait un téléphone cellulaire!

En passant l’entrée du Lacor, une autre surprise m’attendait : la cour d’entrée avait entièrement été refaite et, en arrière-plan, il y avait un nouveau bâtiment, au centre, un grand monument s’élevait arborant une peinture de Lucille Teasdale, de Piero Corti et de Matthew Lukwiya.

Enfin, j’ai été ravi de voir le nombre jeunes médecins et de constater la présence remarquable de jeunes femmes parmi eux. Un bel exemple d’une société en changement! »

– Mauro Fermariello, 2016



Les activités de l’Hôpital Lacor ont été façonnées par de longues années de guerre, de crises post-conflit et d’épidémies. Maintenant, après près de dix ans de paix, de progrès en matière de maladies infectieuses et d’espérance de vie, on peut enfin prendre le temps de réfléchir et de changer l’orientation et les processus de l’organisation à l’hôpital dans le but de continuer à fonctionner de façon efficace dans un contexte de changement.

En présence de la guerre, de crises et d’épidémies importantes, l’hôpital a dû mobiliser ses maigres ressources humaines principalement dans la gestion de la charge de travail. En effet, le personnel devait prioriser la rationalisation des activités. L’approche centrée sur l’urgence était nécessaire à cette époque, mais aujourd’hui, avec le retour de la paix et de la stabilité dans le nord de l’Ouganda, une transition épidémiologique s’amorce, passant de la malnutrition et des maladies transmissibles à des maladies non transmissibles, souvent chroniques, comme le diabète et les maladies du cœur.

Bien que l’année dernière, l’épidémie de la malaria a entraîné un haut taux d’occupation des lits (110 %), les salles sont maintenant moins bondées en général. Ainsi, l’hôpital peut se concentrer sur des approches novatrices afin d’assurer la pérennité de cet établissement et d’améliorer la qualité de ses services. Cette année, l’équipe de gestion de l’Hôpital Lacor a choisi de mettre l’accent sur l’expérience des patients tout en renforçant la qualité.

L’Hôpital Lacor a la lourde tâche d’offrir des services de qualité à un coût moindre tout en s’assurant de la viabilité de ses activités. Ceci représente tout un défi, car d’un côté, les patients déboursent actuellement seulement en moyenne 20 % du coût des services reçus et de l’autre côté, le coût des produits et services de santé dans le monde connaît une augmentation. De plus, les changements en matière de politiques peuvent faire augmenter les dépenses, comme le récent changement dans la politique sur le traitement de la malaria : la malaria grave doit maintenant se traiter à l’aide d’une injection à l’artésunate. Par conséquent, l’admission du patient est nécessaire. Ces admissions (service des hospitalisations) sont quinze fois plus dispendieuses que les soins au service ambulatoire de la consultation externe.

Faisant face à ces multiples défis, le Lacor déploie tous les efforts possibles pour rester fidèle à sa mission en s’adaptant continuellement à un environnement en changement. L’Hôpital Lacor ne serait pas l’institution qu’elle est aujourd’hui sans le soutien des gens et des organisations d’un bout à l’autre du monde et de ses employés. La Fondation Teasdale-Corti souhaite remercier chacun d’entre vous.

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